La tique est un parasite fréquemment rencontré aussi bien chez le chien que chez le chat, l’animal de compagnie étant particulièrement exposé, mais nettement moins fréquemment que la puce. Les principales espèces observées en France sont Ixodes ricinus, Dermacentor reticulatus et Rhipicephalus sanguineus, auxquelles s’ajoute plus discrètement Ixodes hexagonus, la tique du hérisson, qui parasite aussi le chien et le chat. Leur importance ne réside pas dans les faibles lésions cutanées qu’elles entraînent, mais plutôt dans le risque qu’elles font peser sur la santé de l’animal, par la transmission de maladies souvent graves : c’est là tout le danger de ce parasite, capable de transmettre des agents pathogènes à chaque repas sanguin et à l’origine de la transmission de diverses maladies potentiellement fatales. Chez le chien, elles sont notamment vectrices de la piroplasmose, de l’hépatozoonose et de l’ehrlichiose. Selon les maladies, les animaux s’infectent par piqûre, ou ingestion de la tique. Chez les humains, elles peuvent également être à l’origine de la transmission de diverses maladies. En France, la plus fréquente est une maladie infectieuse, la borréliose transmise par Ixodes ricinus : la maladie de Lyme, due à la bactérie Borrelia burgdorferi.
Ces affections graves se distinguent par leurs agents et leurs manifestations. La babésiose, communément appelée piroplasmose, est causée par des protozoaires du genre Babesia canis : la piroplasmose détruit les globules rouges et peut être mortelle, et les symptômes de la piroplasmose incluent fièvre, grande fatigue et urines foncées. L’ehrlichiose, quant à elle, est causée par des bactéries du genre Ehrlichia ; comme l’anaplasmose, elle affaiblit le système immunitaire des chiens. La maladie de Lyme, enfin, provoque fièvre, douleurs articulaires et boiteries. Des démangeaisons intenses peuvent par ailleurs accompagner la présence de tiques chez le chien, sans préjuger de la maladie transmise.
Il s'agit d'un acarien de grande taille, puisqu’il mesure de quelques millimètres à 1 cm, en particulier les femelles dont le corps est fortement dilatable. Ils ont une forme ovalaire, avec un rostre terminal. Ils sont aplatis dorso-ventralement lorsqu’ils ne sont pas gorgés de sang. Ils possèdent un écusson dorsal chitineux, le scutum, et des écussons ventraux chez les mâles de certaines espèces, d’où leur appellation de « tiques dures ».
Le dimorphisme sexuel est très marqué. Les femelles sont de plus grande taille. Elles possèdent des aires poreuses sur la face dorsale du capitulum, qui correspond à la base du rostre. De plus, l’écusson dorsal est réduit chez les femelles, les nymphes et les larves, alors qu’il recouvre totalement le corps chez le mâle.
Les nymphes ressemblent globalement à de petites femelles, puisqu’elles ne mesurent que 1 à 4 mm, par contre elles ne possèdent ni orifice génital, ni aires poreuses. Elles possèdent 4 paires de pattes, à la différence des larves qui n’en possèdent que trois. Ces larves, qui sont de toute petite taille, peuvent être confondues, macroscopiquement, avec des poux. Ixodes ricinus est longirostre, c’est-à-dire que l’ensemble rostre et capitulum est nettement plus long que large. Il possède un sillon anal qui contourne l’anus par l’avant, et la face ventrale du mâle est recouverte d’écussons chitineux. Les hanches de la première paire de pattes présentent une forte épine (Photo 7.6). Il est de couleur brunâtre, mais la femelle devient grisâtre lorsqu’elle est gorgée.Le mâle mesure 2,5 à 3 mm, et la femelle 3 à 4 mm. Elle peut cependant mesurer jusqu'à 1 cm une fois gorgée.
La tique du chien et du chat qui appartient aux genres Dermacentor et Rhipicephalus est brévirostre et son sillon anal contourne l’anus par l’arrière. On parle de tiques brévirostres lorsque l’ensemble rostre et capitulum s’inscrit grossièrement dans un carré. Elles sont également brunâtres. Les tiques du genre Dermacentor possèdent un capitulum rectangulaire, alors qu’il est hexagonal dans le genre Rhipicephalus. De plus, Dermacentor reticulatus possède un écusson dorsal à ornementations blanchâtres, et les mâles possèdent d’énormes hanches au niveau de la quatrième paire de pattes. Les mâles de Rhipicephalus sanguineus possèdent une paire d’écussons ventraux triangulaires de part et d’autre de l’anus, deux fois plus longs que larges.
Ce sont des parasites intermittents, strictement hématophages à tous les stades.
La tique présente 3 types de cycle parasitaire selon la sélectivité des différents stades pour leurs hôtes. Ainsi, Rhipicephalus sanguineus possède un cycle monotrope, puisque les larves, nymphes et adultes recherchent le même hôte qui est le plus souvent le chien. Dermacentor reticulatus possède un cycle ditrope. En effet, les larves et les nymphes se nourrissent sur de petits mammifères, tandis que les adultes se nourrissent sur de grands mammifères. Ixodes ricinus possède un cycle télotrope. En effet, les larves et les nymphes sont ubiquistes et se nourrissent sur tous les vertébrés terrestres possibles, tandis que les adultes sont plus sélectifs et se nourrissent uniquement sur les grands mammifères.
On peut également distinguer les cycles parasitaires de la tique isolée chez le chien et le chat selon le nombre d’hôtes intervenant. Les 3 espèces qui nous intéressent possèdent un cycle triphasique, c'est à dire qu’il comprend 3 hôtes. Dans un premier temps, le mâle recherche la femelle sous l’influence des phéromones. Par la suite, il y a fécondation, sur l’hôte, ou plus rarement sur le sol. Après la fécondation, la femelle se gorge de sang plusieurs jours, puis elle se laisse tomber sur le sol. La fixation des tiques procède d’abord d’une action mécanique. En effet, l’hypostome, qui est la pièce centrale du rostre, s’enfonce peu à peu dans l’effraction cutanée créée par les mouvements des chélicères, d’avant en arrière, et de leurs crochets, latéralement. En surface, les pédipalpes s’écartent progressivement de part et d’autre du rostre. Par la suite, une salive particulière, le cément, se solidifie en lamelles concentriques autour de l’hypostome et des chélicères, d’où une fixation qui devient extrêmement solide. Finalement, commence le repas sanguin, associé à l’injection d’une salive à propriétés anticoagulante et vaso-dilatatrice. Il comporte 2 phases essentielles, surtout marquées chez les femelles. Dans un premier temps, il y a une phase de gorgement lent et progressif à laquelle succède une phase de gorgement rapide. Elles absorbent ainsi jusqu'à plusieurs millilitres de sang. La longueur d’une femelle peut doubler, et son poids décupler. A la fin du repas sanguin, une dernière salive provoque le ramollissement du manchon, et permet à la tique de se libérer. Des mécanismes d’hypersensibilité cutanée à basophiles interviennent lors de réinfestations. Ils vont avoir pour conséquence d’inhiber ou de diminuer le gorgement, de diminuer la viabilité des œufs, voire de tuer le parasite. Une fois fécondée, la femelle recherche alors un emplacement sombre et abrité sur le sol. Après un repos d’une ou plusieurs semaines, elle pond ses œufs, soit 500 à 7000 selon l’espèce. Après cette unique ponte, qui dure plusieurs semaines, la femelle meurt. Puis, de chaque œuf sort une larve. Dans un premier temps, elle reste immobile jusqu'à ce que les conditions climatiques soient favorables. Elle grimpe alors au sommet d’un brin d’herbe et tend ses pattes dans le vide, attendant le passage d’un hôte favorable. Elle se fixe alors sur lui par ses pattes, puis par son rostre. Elle prend son repas sanguin pendant quelques jours, puis elle se laisse retomber sur le sol. Les larves, les nymphes et les femelles non fécondées ne se gorgent que partiellement de sang à la différence des femelles fécondées. Une fois tombée, cette larve subit un sommeil de 3 à 5 semaines, avant de muer en nymphe. Selon le même principe, la nymphe monte sur un hôte, se nourrit et tombe sur le sol avant de muer en adulte.
Ce cycle de vie est donc long, puisqu’il nécessite le passage par 3 hôtes différents. Par contre, la période de vie parasitaire est assez brève. Au cours de leur vie, les larves, les nymphes et les femelles ne prennent qu’un seul repas sanguin de 3 à 15 jours. Par contre, les mâles prennent des repas sanguins plus courts, sans se gorger, et ils peuvent ainsi se nourrir plusieurs fois, à l’exception des mâles du genre Ixodes qui ne se nourrissent pas de sang.
A partir de ces données générales, différentes particularités peuvent être notées pour les différentes espèces qui nous concernent.
Ixodes ricinus vit dans de nombreux biotopes, en pleine nature comme en lisière des zones habitées, surtout dans les forêts, les sous-bois, les broussailles et les herbes hautes des bords de prairie, autant de milieux traversés lors d’une promenade où le chien peut attraper des tiques. Ces parasites se cachent volontiers dans les herbes hautes et les buissons, et préfèrent les zones humides comme les sous-bois, où l’hygrométrie leur est favorable. Il possède un cycle de 2 à 4 ans. Les larves, qui ne mesurent qu’un millimètre environ, se gorgent à 90 % sur des rongeurs et des insectivores, secondairement sur des oiseaux ou des reptiles. Elles recherchent préférentiellement de petits rongeurs souterrains. En France, elles vont ainsi surtout infester les mulots et campagnols. Ces larves sont actives principalement en juillet et en août. Les nymphes, qui mesurent près de 2 millimètres, infestent la même variété d’hôte, avec une préférence pour les petits rongeurs et les oiseaux. Les adultes viennent piquer divers grands mammifères tels que des cervidés, des bovins, des ovins, le chien, le chat, voire l’homme. Les femelles pondent 1000 à 2000 œufs, qui vont éclore l’été. Les larves ne se nourriront que l’été suivant cependant. Le repas sanguin dure 3 à 5 jours chez les nymphes et les larves, et 15 jours chez les adultes. Sur leurs 3 ans d’existence, ils ne parasitent donc leurs hôtes que pendant près de 3 semaines. En France, les adultes de cette espèce possèdent 2 périodes d’activité, l’une au printemps, de mai à juin, et l’autre à l’automne, en septembre.
L’habitat et la période d’activité de Dermacentor reticulatus sont les mêmes que celles d’Ixodes ricinus. Cependant, son cycle est plus rapide, en moyenne, il dure un an. Les larves et les nymphes parasitent également les rongeurs tels que les mulots et les campagnols. Ces stades ne parasitent qu’exceptionnellement le chien ou le chat, à la différence des adultes. D’autres grands mammifères peuvent être également concernés. La période d’activité maximale se situe en milieu de saison, soit au printemps et à l’automne. Cette tique va donc essentiellement parasiter le chien comme le chat à ces périodes.
La tique appartenant à l'espèce Rhipicephalus sanguineus infeste principalement le chien, même s’il peut se nourrir sur d’autres hôtes comme le chat. Il peut occasionnellement se fixer sur l’homme. Le cycle dure 4 à 5 mois, mais il peut ne durer que 2 mois dans les conditions optimales. En effet, les larves éclosent en quelques semaines et elles sont capables de se fixer sur un hôte en quelques jours. Leur repas de sang dure 3 à 8 jours, puis elles tombent sur le sol pour muer en nymphes, en une à plusieurs semaines. Celle-ci se nourrit à son tour pendant 3 à 11 jours, pour donner un adulte en 1 à 15 jours. Pour que le cycle puisse se dérouler, la température moyenne doit être supérieure à 18°C et l’hygrométrie de l’ordre de 50 % au moins. Cela explique qu’on la retrouve fréquemment dans les habitations et en zone urbaine, particulièrement dans le sud de la France, celles-ci apportant les conditions de chaleur favorables à son développement. De façon générale, les tiques sont actives principalement de mars à octobre, mais elles peuvent l’être toute l’année dans les climats doux, où la douceur des températures ne suspend jamais vraiment leur activité.
La tique se fixe en général sur les zones à peau fine chez le chien comme chez le chat, en particulier sur la tête, le cou et les oreilles, là où la peau du chien est la plus accessible sous le pelage. Ce site est en partie déterminé par les possibilités de pénétration du rostre, ce qui explique les emplacements où l’on découvre la tique chez l’animal de compagnie. Le poitrail, l’ars, l’aine, la mamelle, le scrotum et l’anus porteront plus fréquemment les adultes d’espèces à hypostome long comme Ixodes ricinus. Par contre, les Rhipicephalus et Dermacentor se fixent volontiers sur et dans les pavillons auriculaires, aux marges de l’anus et sur la queue.
Les lésions occasionnées par la tique chez le chien et le chat sont dues aux actions locales mécaniques et chimiques. La pénétration du rostre d'une tique dans la peau provoque une inflammation locale, à l’origine d’un léger prurit, de démangeaisons et d’une certaine douleur ; en écartant les poils, on repère alors les piqûres de tiques. La méthode d’inspection manuelle consiste précisément à vérifier le pelage à rebrousse-poil, en insistant sur les zones à peau fine. Les larves et les nymphes sont surtout à l’origine de papules, puisqu’elles se fixent plus superficiellement. Même après le départ de la tique, il persiste un point de nécrose. En retirant la tique chez le chien comme chez le chat, on prendra soin de retirer le rostre. En effet, s’il se rompt on peut observer une infection locale, avec suppuration voire abcès ; ce sont là les principaux problèmes rencontrés après une piqûre. Des irritations ou des infections cutanées peuvent ainsi résulter d’une morsure de tique. Une réaction granulomateuse chronique peut être observée au point de fixation de la tique que ce soit chez le chien ou le chat. Une spoliation sanguine non négligeable peut survenir lors d’une infestation massive, à l’origine de troubles généraux d’autant plus marqués que l’âge de l’animal est avancé. Elle est alors à l’origine d’une anémie potentiellement grave.
Lors de faibles infestations par la tique , chez le chien et le chat, dès que l’on repère une tique sur un chien, il est recommandé de retirer la tique grâce à un crochet à tiques, aussi appelé tire-tique (voir comment retirer une tique sur votre chien). Ce retrait précoce reste le meilleur des conseils pour limiter les complications. Ce petit ustensile s’avère en effet très pratique pour retirer le parasite avec son rostre, à condition de retirer la tique en tournant doucement pour éviter de laisser des morceaux dans la peau. Celui-ci doit être retiré en entier sous peine de voir apparaître des complications. De plus, ce rostre est souvent utile à l’identification de l’espèce en cause. On évitera en revanche les méthodes traditionnelles : il ne faut pas utiliser d’éther ou de vinaigre pour retirer une tique, car l’agresser ainsi favorise la régurgitation et accroît le risque infectieux.
Lors de fortes infestations par la tique , chez le chien et le chat, de nombreux acaricides peuvent être employés, qu'ils soient sous forme de pipettes, de colliers, de sprays ou de comprimés. Ces derniers sont actuellement préférables car ils diffusent dans l'ensemble de l'animal avec une grande efficacité et très peu d'effets secondaires. La durée de protection varie selon la forme choisie : les pipettes anti-tiques offrent une protection d’environ quatre semaines, voire davantage, là où les colliers anti-tiques peuvent protéger jusqu’à huit mois.
La prévention reste le geste le plus utile : un traitement anti-tiques régulier protège durablement contre les tiques, et son rythme se choisit avec le vétérinaire selon le mode de vie de l’animal. Une prévention régulière réduit considérablement le risque d’infestation, et avec lui celui de transmission des maladies. C’est aux propriétaires d’inspecter soigneusement l’animal après chaque sortie et de retirer une tique sans attendre : une tique peut transmettre des maladies après vingt-quatre à quarante-huit heures d’attachement, et le risque croît avec la durée de fixation, d’où l’importance de détecter et traiter rapidement toute infestation. Si votre chien présente une réaction étendue, une fièvre ou un abattement, le cas peut relever de l’urgence et justifie une consultation rapide. Une bonne alimentation, en soutenant l’état général et le bien-être de l’animal, complète cette protection. Pour toutes les questions pratiques, votre clinique reste votre meilleur interlocuteur.
Leur dangerosité tient moins à la piqûre elle-même qu’aux agents pathogènes qu’elles peuvent inoculer à chaque repas sanguin. Chez le chien, elles sont notamment vectrices de la piroplasmose, de l’hépatozoonose et de l’ehrlichiose, des affections parfois sévères qui rendent la prévention essentielle.
Les tiques sont surtout actives de mars à octobre, avec deux périodes plus marquées au printemps et à l’automne. Dans les régions au climat doux, elles peuvent toutefois rester actives toute l’année.