La leishmaniose du chien

 

La leishmaniose du chien , une dermatose qui ne sévit pas que sur le bassin méditerranéen ..

 

La leishmaniose chez le chien est une maladie infectieuse zoonotique majeure due au développement et à la multiplication, principalement dans les cellules du système des phagocytes mononuclés, d'un protozoaire flagellé du genre Leishmania. Cette parasitose transmise par des Psychodidés du genre Phlebotomus affecte donc l’Homme et l’animal et plus particulièrement nos chiens domestiques considérés comme le réservoir principal pour l’Homme. la leishmaniose canine est une maladie dont le spectre de manifestations cliniques est très étendu et qui est mortelle chez le chien non traité. Même si la transmission à l’Homme reste rare, la leishmaniose canine est une zoonose majeure, et le rôle de réservoir du chien continue de poser des problèmes de gestion du risque en santé publique.

Chez l'homme, la leishmaniose peut provoquer de la fièvre, une perte de poids, une anémie et des lésions rénales. Elle peut être traitée à l'aide de médicaments. La prévention est le meilleur moyen de vous protéger, vous et votre chien, de cette maladie. Empêchez votre chien de se promener dans les zones où les phlébotomes sont présents et faites-le examiner régulièrement par votre vétérinaire en cas de doute. Si vous vivez dans une région où la leishmaniose est courante, évitez les piqûres en utilisant un insectifuge et en portant des vêtements à manches longues pour éviter de vous faire piquer.

Ces constats, associés aux enjeux thérapeutiques et préventifs, justifient l’intérêt continu et croissant à l’égard de cette protozoose. De nouvelles techniques diagnostiques plus sensibles et spécifiques ont été développées récemment afin de permettre une meilleure appréciation de la prévalence de l’infection.

 

Etiologie de la leishmaniose canine

L’infection canine la plus largement répandue et la mieux caractérisée est celle causée par L. infantum, qui appartient au complexe de L. donovani et qui infecte à la fois les hommes et les chiens, principalement dans le bassin Méditerranéen, au Portugal, en Afrique de l’Ouest, en Asie du Sud et en Amérique latine ainsi qu’aux Etats-Unis de manière plus récente.

 

Comment se transmet la leishmaniose du chien à l'homme ?

L’infection par Leishmania infantum chez le chien est endémique dans cinquante pays à travers l’Europe, l’Afrique, le moyen orient, l’Asie et l’ amérique du sud. Lors des dix dernières années, plusieurs constats ont été faits en matière d’épidémiologie de la leishmaniose canine, à savoir une augmentation de l’incidence de l’infection en région endémique, l’expansion des foyers vers le nord en Europe y compris dans les régions jusque-là non endémiques et l’émergence de la maladie en amérique du nord. Le réchauffement climatique n'arrangeant malheureusement pas les choses. En effet, des estimations révèlent que deux millions et demi de chiens sont infectés dans le sud-ouest de l’Europe et que la maladie a tendance à se propager vers le nord notamment au pied des Alpes et des Pyrénées. En ce qui concerne la France, la même tendance est donc observée à savoir l’extension du sud de la france au nord et surtout à l’ouest de nouveaux foyers par rapport aux foyers originaux de la maladie qui était le sud de la france plus particulièrement le Sud Est.

 

 

Répartition de le Leihmaniose chez le chien en France
Répartition de le Leihmaniose chez le chien en France

 

Le point essentiel concernant la leishmaniose canine est qu’infection ne signifie pas maladie clinique. Le nombre d’infections sub-cliniques est très élevé et certains chiens peuvent présenter une atteinte de plusieurs organes sans manifestation cliniques évidentes. De nouvelles classifications ont donc été mises en place afin d’améliorer la gestion des animaux atteints. On définit les animaux atteints de leishmaniose clinique comme ceux qui présentent des signes cliniques et/ou des anomalies para-cliniques et dont l’infection par Leishmania infantum a été prouvée. Les animaux qui présentent une infection asymptomatique, qu’on qualifie encore de cliniquement sains, sont ceux qui ne présentent ni signes cliniques à l’examen physique, ni anomalies des paramètres hématologiques, biochimiques ou urinaires usuels mais dont on a prouvé l’infection par Leishmania infantum.

 

La majorité des chiens infectés par les leishmanies ne vont pas développer de signes cliniques ou d’anomalies para-cliniques. La fréquence de la maladie est souvent inférieure à 10% de la totalité des chiens infectés dans les zones endémiques. Des études reposant sur des tests PCR ont montré que la prévalence de l’infection en région endémique était considérablement plus élevée, de l’ordre de 63% à 80% de la population par rapport à la prévalence de la maladie, de l’ordre de 1% à 29% ou la séroprévalence, variant de 5% à 30%

La leishmaniose du chien
La leishmaniose canine

Quels sont les symptômes de la leishmaniose chez le chien ?

Le tableau clinique de la maladie est très varié selon les individus compte tenu de la complexité des mécanismes physio-pathogéniques et immunologiques sous-jacents ainsi que de la diversité des organes atteints. La période d’incubation avant l’apparition des signes cliniques de la maladie chez le chien est très variable et peut durer de trois mois à sept ans même si comme mentionné précédemment la majorité des chiens infectés restent des porteurs asymptomatiques toute leur vie. L’image histo-pathologique des tissus infectés est une réaction inflammatoire granulomateuse, associée à la présence d’amastigotes de leishmanies dans les macrophages.

 

La leishmaniose canine viscérale est donc une maladie systémique aux signes cliniques très variables pouvant impliquer n’importe quel organe ou tissu et faisant notamment suite à une atteinte du système immunitaire.

En ce qui concerne l'atteinte générale, le chien peut présenter une apathie, une cachexie, une insuffisance rénale, une perte de poids, une atrophie musculaire, une pâleur des muqueuses, un épistaxis, une hypertrophie ganglionnaire, une boiterie, une hyperthermie ou encore une hépato et splénomégalie.

Au niveau cutané, le chien peut présenter une dermatite exfoliative, ulcérative, papuleuse, ou nodulaire. Il peut également présenter des lésions nasales ressemblant à une dermatose auto-immune, et une hyperkératose naso-digitée.

 

Et quid la leishmaniose chez le chat ?

Si on a longtemps pensé qu'elle était rare , à la différence du chien, il semblerait en fait qu'elle soit assez fréquente en zone d'enzootie. Dans cette espèce on observe essentiellement des formes cutanées avec présence de nodules, d'ulcères ou encore de croûtes, au niveau de la truffe, des oreilles ou encore en région palpébrale. Le parasite peut néanmoins également être à l'origine de symptômes généraux chez le chat. Certains spécialistes pensant qu'il s'agit d'une maladie émergente dans cette espèce, il est important d'y penser dans tout diagnostic différentiel, chez le chat, en présence de ces différentes manifestations cutanées ou d'atteinte générale lorsque l'animal vit en zone d'enzootie ou y a séjourné.

 

Comment diagnostiquer la leishmaniose chez le chien ? 

Après avoir émis une suspicion clinique, il est basé sur la mise en évidence du parasite dans les tissus ou organes infectés par microscopie, culture ou PCR notamment suite à un prélèvement de la moelle osseuse ou de ganglions. Une biopsie de la peau est parfois utilisée pour confirmer le diagnostic chez les animaux présentant des lésions cutanées localisées.

On peut également employer des tests sérologiques suite à une prise de sang. Les plus couramment utilisés sont ELISA et IFAT. Cependant, leur interprétation peut être difficile en raison du manque de spécificité de certains anticorps pour Leishmania spp. ainsi que des réactions croisées avec d'autres agents pathogènes. En outre, ces tests ne permettent pas de distinguer les infections actives des infections passées.

Les principaux diagnostics différentiels de la leishmaniose chez le chien sont d'autres maladies à transmission vectorielle comme l'ehrlichiose, l'anaplasmose et l'hépatozoonose, ainsi que diverses dermatoses auto-immunes.

Prophylaxie

 La lutte antiparasitaire contre les vecteurs est à intégrer dans le plan de lutte dans les zones géographiques de présence des phlébotomes. Une classe chimique domine, les pyréthroïdes de synthèse. Plusieurs formulations ont fait l’objet d’études expérimentales et terrain. La formulation collier (deltaméthrine) a été la première à faire l’objet d’évaluations et on dispose donc de davantage d’information la concernant. Ce collier protège les animaux d’une majorité des piqûres pendant 5 mois. Les formulations spray et spot-on contenant de la perméthrine sont également utilisables, elles protègent moins longtemps (2-3 semaines pour les spots-on) mais sont efficaces plus rapidement après application (d’emblée pour le spray, après 24 heures pour le spot-on).

 

Depuis mars 2011, un vaccin est disponible sur le marché vétérinaire européen. Constitué de protéines excrétées secrétées de Leishmania infantum, le vaccin est indiqué chez les chiens pour une immunisation active des chiens Leishmania-négatifs à partir de l'âge de 6 mois pour réduire le risque de développer une infection active et une maladie clinique après contact avec Leishmania infantum. 

Leishmaniose du chien
Leishamniose canine : Sévères lésions ulcérées abdominales

Quelles précautions prendre pour prévenir le  risque de contamination ?

Le principal risque se situe lors des promenades à la tombée de la nuit. C'est à ce moment-là que les moustiques sont les plus actifs, et la leishmaniose peut ainsi être plus facilement transmise à l'homme et aux animaux. On doit donc prendre des précautions lorsqu'on vit ou se rend dans des zones à risque, et éviter de se promener, ainsi que son chien, à la tombée de la nuit. Il est également préférable de garder le plus possible les chiens à l'intérieur pendant la saison des moustiques. En prenant ces mesures simples associées à l'utilisation d'un insectifuge voire d'une vaccination, on peut limiter la propagation de la leishmaniose et se protéger, ainsi que son animal, de cette maladie potentiellement mortelle.

Comment guérir un chien de la leishmaniose ?

Malheureusement on ne peut pas, car on ne peut obtenir, au mieux, qu'un contrôle plus ou moins satisfaisant de la maladie.

Le traitement de la leishmaniose du chien varie selon l'état clinique de l'animal, son âge, sa race. Il doit donc être réfléchi au cas par cas sachant que plus un traitement est mis en place tardivement plus cela diminue les chances de guérison et donc la probabilité qu'elle entraîne le décès de l'animal.

Les médicaments les plus couramment utilisés pour traiter la leishmaniose chez le chien sont l'antimontae de méglumine, l'allopurinol, la miltefosine et l'amphotéricine B.

L'allopurinol est un inhibiteur de la xanthine oxydase qui est efficace contre Leishmania spp. Il est administré par voie orale une fois par jour pendant trois à six mois.

La miltefosine est un médicament antiparasitaire de la classe des alkylphosphocholines, actif contre Leishmania spp. Elle est administrée par voie orale une fois par jour pendant 28 jours.

L'amphotéricine B est un antifongique polyénique qui est également actif contre Leishmania spp. Elle est administrée par perfusion intraveineuse une fois par jour pendant cinq à dix jours.

Les principaux effets secondaires de l'allopurinol sont des troubles gastro-intestinaux et des réactions d'hypersensibilité. Les principaux effets secondaires de la miltefosine sont les vomissements, la diarrhée, l'anorexie et la léthargie. Le principal effet secondaire de l'amphotéricine B est la néphrotoxicité avec apparition d'une insuffisance rénale.

Le pronostic de la leishmaniose chez le chien est difficile à établir car la maladie présente une grande variété de signes cliniques qui évoluent avec le temps, et la réponse au traitement varie également d'un animal à l'autre. Dans la plupart des cas, il faut plusieurs mois de traitement avant d'observer une quelconque amélioration. La maladie peut parfois être compliquée par des infections secondaires qui peuvent être graves.

Dans ses premiers stades, la leishmaniose canine est souvent asymptomatique ou seulement légèrement symptomatique, ce qui la rend difficile à diagnostiquer. Ce n'est que lorsque la maladie progresse et que des symptômes plus graves apparaissent que le diagnostic devient possible.

Même avec un traitement, l'évolution de la maladie reste variable et imprévisible, et les rechutes sont fréquentes.

 

Conclusion

En conclusion, la leishmaniose canine est une maladie complexe avec un large éventail de manifestations cliniques. Son diagnostic peut être difficile en raison du manque de spécificité de certains tests de diagnostic. Il n'existe pas de test de référence pour le diagnostic de la maladie. Les tests les plus couramment utilisés sont la microscopie, la culture, la PCR et les tests sérologiques tels que l'ELISA et l'IFAT. Le traitement de la maladie est souvent de longue durée et nécessite une surveillance étroite par un médecin

 

Source

Briffod Cécile. Revue actuelle en matière de leishmaniose canine. Thèse d’exercice, médecine vétérinaire. Toulouse 3, 2011