Causes et traitement de l' otite externe du chien

 

Le traitement de l' otite externe du chien commence par un bon nettoyage  ... 

 

On parle d' otite externe chez le chien lors d'atteinte du conduit auditif externe et du tympan. Il s'agit d'un motif fréquent de consultation puisqu'elle est à l'origine de 5 à 20 % des consultations chez le chien. Dès à présent, il faut bien voir qu'une otite ne constitue généralement qu'une manifestation, parmi tant d'autres, d'une dermatose ou d'une affection sous-jacente.

 

Anatomie

 

Le conduit auditif externe est constitué de deux cartilages, le cartilage auriculaire dans la partie verticale qui va s'évaser au niveau de la conque auriculaire, et le cartilage annulaire dans la partie horizontale. Chez le chien, il mesure de cinq à 10 cm selon la race de l'animal. Ces cartilages sont recouverts de peau, contenant notamment des glandes sébacées et des glandes apocrines dites cérumineuses. Des follicules pileux sont également présents avec une densité variable selon la race.

Au niveau anatomique, on constate différentes variations selon les races. Ainsi, le conduit auditif externe est généralement long chez le Setter irlandais, on observe une forte pilosité du conduit auditif externe chez le Caniche et le Bichon, les glandes cérumineuses sont plus abondantes chez le Cocker et le Labrador, les oreilles tombantes chez le Cocker et le Setter, et on observe communément une sténose du conduit auditif externe chez le Shar pei et le Chow-chow.

 

Physiopathologie auriculaire

 

Le cérumen est un mélange de sécrétions apocrines, sébacées et de cellules épithéliales. Il assure un rôle de protection mécanique du conduit auditif externe et va assurer l'évacuation des débris se déposant sur le conduit auditif, par migration des cellules épithéliales du tympan jusqu'à l'entrée du conduit auditif. Cette migration est toutefois lente, et peut ne plus être suffisamment efficace lors de production abondante du cérumen.

 

Causes et traitement de l' otite externe du chien (Photo )
Otite purulente et douloureuse

Étiopathogénie de l' otite externe

 

Encore une fois, il faut considérer que l'otite externe n'est pas un diagnostic en soi, mais simplement une manifestation, parmi tant d'autres, d'une dermatose ou d'une affection sous-jacente. Cela n'a généralement pas plus de valeur de dire que l'animal présente une otite que de dire qu'il présente des papules ou des pustules. Les bons traitements à mettre en place commencent avant tout par une bonne compréhension de l'origine de l'otite.

Dès lors, il faut voir une otite dans sa globalité, et considérer qu'elle peut résulter de facteurs prédisposants, déclenchants, et perpétuants.

 

Les facteurs prédisposants

 

Il s'agit, comme leur nom l'indique, de facteurs qui vont prédisposer à une otite externe, sans qu'ils suffisent généralement à eux-mêmes pour en déclencher une. En dehors des particularités raciales signalées ci-dessus, il faut ici signaler tous les éléments qui pourront être à l'origine d'une modification de l'environnement auriculaire. C'est le cas notamment lors de baignade réitérée à l'origine d'une macération au sein du conduit auditif.

 

Les facteurs déclenchants

 

Il s'agit des causes primaires pouvant être à l'origine de l'apparition de l'otite externe. Elles sont extrêmement nombreuses.

 

Les principales causes sont :

 

Parasitaire : Otodectes cynotis responsable de la gale des oreilles chez le chien comme chez le chat , est à l'origine de cinq à 10 % des otites chez le chien et de près de 50 % des otites chez le chat. Il s'agit d'un parasite peu spécifique, très contagieux, à l'origine de l'apparition d'un cérumen brun cassant, et d'un prurit auriculaire souvent important à l'origine de lésions traumatiques. Même s'ils se cantonnent généralement au conduit auditif, on n'oubliera pas qu'il peut également se disséminer sur le corps, et être à l'origine de manifestations plus généralisées.

 

Allergique : Les dermatites allergiques, tout particulièrement la dermatite atopique, sont communément à l'origine d'une otite érythémato-cérumineuse bilatérale. Chez certains chiens ayant un terrain allergique , elle peut n'en être que la seule manifestation. Ainsi, lors d'otite externe, essentiellement récidivante, il convient de rechercher différents critères majeurs de la dermatite atopique.

 

Endocrinienne : Chez le chien, même si elles sont fréquemment incriminées, elles ne sont pas si fréquemment que cela à l'origine d'otite externe. Ce sont essentiellement l'hypothyroïdie et le syndrome de Cushing. On rappellera que bon nombre de dermatoses sont à l'origine d'une hypothyroïdie secondaire. Celles-ci pouvant être également à l'origine d’une otite, il conviendra alors de ne pas incriminer l'hypothyroïdie qui n'est que secondaire.

 

Néoplasique : Différentes tumeurs peuvent être à l'origine d'une obstruction partielle ou totale est ainsi d'une otite. On pensera essentiellement aux tumeurs des glandes cérumineuses, qui sont plus communes chez le chat. Les otites d’origine tumorale affectent généralement les animaux âgés et sont unilatérales.

 

Autres causes : Même s'il s'agit ici des principales causes des otites externes canines et félines, on ne négligera pas d'autres causes moins communes, comme les troubles de la kératinisation ou les dermatoses auto-immunes. Les otites résultant d'un corps étranger sont finalement peu fréquentes et facilement suspectées (otite aiguë, douloureuse, unilatérale).

 

Les facteurs perpétuants

 

Ils viennent compliquer l'otite et empêchent sa guérison, même si la cause primaire n’est plus active. Il s'agit essentiellement de bactéries pathogènes et de levures appartenant au genre Malassezia. Elles justifient de réaliser une cytologie auriculaire dans tous les cas d'otite externe récidivante ou chronique au moins. Attention toutefois, car ces agents infectieux sont naturellement présents en faible nombre dans les oreilles des chiens et des chats. Leur observation cytologique ne constitue donc pas un diagnostic en soi et il faut alors corréler leur présence et leur nombre aux signes cliniques.

Lors de la mise en évidence de coques, il s'agit généralement de staphylocoques sensibles à la plupart des antibiotiques communément employés en première intention. Par contre, lors de la mise en évidence de bacilles, il est beaucoup plus difficile de présumer de l'espèce bactérienne en cause et sa sensibilité antibiotique est beaucoup plus aléatoire.

Il existe également d'autres facteurs perpétuants d'ordre morphologique cette fois. Il s'agit notamment de la sténose du conduit auriculaire, d'une calcification du cartilage, ou encore de l'accumulation excessive de pus dans les oreilles.

 

Causes et traitement de l' otite externe du chien  ( Photo )
Bien couper les poils avant tout traitement

Traitement de l' otite externe du chien et du chat

 

Dès lors, on comprend que plutôt que de changer maintes et maintes fois d'antibiotiques, et d’incriminer une éventuelle résistance bactérienne, il est préférable et nécessaire d'identifier à la fois un éventuel facteur prédisposant et surtout le ou les facteurs déclenchant à l'origine de l'otite. Cette ou ces causes doivent être identifiées et contrôlées pour obtenir une rémission complète, et ne pas observer de récidive. A terme cela peut même conduire à une modification morphologique du conduit auditif avec notamment apparition d’une sténose, qui pourra être difficile à contrôler. Par la suite, ou en parallèle, un traitement local, éventuellement associé à un traitement systémique doit être réalisé.

 

Un nettoyage auriculaire doit systématiquement être réalisé à une fréquence suffisante pour être efficace, mais pas trop importante pour ne pas aggraver l'otite. Le rythme est déterminé à la fois par l'importance de l'otite et l'absence de réaction.

 

Un traitement local antibiotique et/ou antifongique est appliqué dans l'oreille à la fréquence recommandée par le laboratoire. Lors d'isolement de coques ou de levures on peut choisir, dans un premier temps, un antibiotique ou un antifongique de manière empirique, si tant est qu’il n’en n’y ai pas déjà eu un de prescrit, tandis que lors d'isolement de bacille le choix de l'antibiotique est dicté par l'antibiogramme. Il est obligatoire d'effectuer un contrôle clinique à la fin du traitement local, afin de s'assurer de la rémission de l'otite.

 

Un traitement antibiotique ou antifongique systémique n'est pas toujours nécessaire. Il le devient lors d'otite chronique, suppurée, de douleur , ou de remaniement inflammatoire très important.

 

Dans la très grande majorité des cas, l'absence de rémission résulte essentiellement de l'absence de contrôle de la cause sous-jacente, plutôt que d'une résistance bactérienne et encore moins d'une résistance fongique.

 

En dernier recours, et uniquement si le traitement médical s'est avéré inefficace et que la cause sous-jacente est contrôlée, on envisagera un traitement chirurgical. Il est également proposé lors d'atteinte irréversible du conduit additif, avec notamment une calcification et/ou une sténose. Avant toute chirurgie, il est nécessaire de faire une bonne évaluation de l'étendue des lésions. Dans cette optique, différentes techniques d'imagerie comme la radiographie, la vidéo-otoscopie ou la tomodensitométrie sont intéressantes. En fonction de l'étendue des lésions, on peut proposer une technique de Zepp, une résection totale du conduit auditif externe vertical, ou bien l'ablation totale du conduit auditif externe.

 

 

© Cabinet VetDerm

 

L' otite externe canine
Malassezia pachydermatis

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