Diagnostic et traitement de la gale sarcoptique canine ou gale du corps du chien

Le traitement de la gale sarcoptique du chien comporte de multiples facettes ...

Importance

La gale sarcoptique du chien est une dermatose parasitaire rare, qui ne représente qu’un à cinq pour cent des consultations dermatologiques. Néanmoins, il s’agit probablement d’une dermatose sous diagnostiquée, et en France elle serait même en recrudescence.

Elle apparaît surtout dans les collectivités animales telles que les chenils, ou les animaleries. Elle doit donc être suspectée chez un animal qui présente des lésions papulo-croûteuses et un prurit dans les 3 semaines qui suivent son achat ou son adoption. De ce fait elle doit principalement être recherchée chez de jeunes chiens, néanmoins elle peut affecter des animaux de tous âges.

Contagiosité

Il s’agit d’une dermatose parasitaire très contagieuse. Chez le chien, une contagiosité entre congénères est ainsi rapportée dans 38 à 50 % des cas. Sarcoptes scabiei est néanmoins un parasite relativement spécifique, qui n’infeste que rarement le chat. Ainsi, seuls 7 cas de gale sarcoptique féline ont été décrits dans la littérature .

Les personnes en contact avec l’animal galeux, que ce soit un chien ou un chat, peuvent également être infestées. Une contagion humaine est décrite dans 10 à 50 % des cas de gale sarcoptique canine. On observe alors une éruption papuleuse et prurigineuse, localisée aux avant-bras, aux jambes, et plus rarement au torse et au cou Ces lésions régressent spontanément en une quinzaine de jours, après arrêt des contacts avec l’animal galeux. Inversement, une personne ayant une gale sarcoptique pourrait la transmettre à son chien.

La contagion s’effectue principalement selon un mode direct, par contact avec un animal galeux. Une contagion indirecte est également possible, du fait de la survie du parasite dans l’environnement pendant une quinzaine de jours. Elle s’effectue alors par le biais du matériel de toilettage, par les couvertures ou les coussins. Elle justifie donc du traitement acaricide dans l’environnement.

 

Gale sarcoptique du chien
Vue macroscopique d’un sarcopte sur une personne
Eruption papuleuse de gale sarcoptique chez l’homme
Eruption papuleuse de gale sarcoptique chez l’homme

Morphologie

Les mâles mesurent 200 à 250 µm de long, et les femelles 350 à 600 µm. Ces acariens produisent des excréments facilement reconnaissables par leur couleur brunâtre et leur forme globalement ovalaire (Photo 1.5). Les femelles pondent des œufs qui sont également ovalaires, et qui mesurent 175 à 250 µm de long.

Sarcoptes scabiei var. canis possède un rostre court et carré. Sa face dorsale porte des écailles en rangées transversales ainsi que des épines, à savoir 3 paires antérieures et 7 paires postérieures. Il a de courtes pattes qui ne dépassent pas le rostre vers l’avant et le bord postérieur du corps vers l’arrière. Des ventouses portées par des pédicules longs et non articulés sont présentes à l’extrémité des 2 premières paires de pattes dans les 2 sexes, et à l’extrémité de la quatrième paire de patte chez le mâle. De longues soies sont présentes à l’extrémité des troisième paires de pattes dans les 2 sexes, et à l’extrémité de la quatrième paire chez la femelle.

Il est morphologiquement proche de Notoedres cati, néanmoins, Sarcoptes scabiei présente une forme ovalaire, son anus est terminal et il est plus grand. De plus, les striations de Sarcoptes scabiei sont transversales, alors que celles de Notoedres cati sont concentriques.

 

Sarcoptes scabiei var. canis femelle
Sarcoptes scabiei var. canis femelle
Sarcoptes scabiei var. canis mâle
Sarcoptes scabiei var. canis mâle
Excréments de sarcoptes
Excréments de sarcoptes
Œufs de Sarcoptes scabiei var. canis
Œufs de Sarcoptes scabiei var. canis
Ventouses à l’extrémité des pédicules
Ventouses à l’extrémité des pédicules

 

Biologie

Il s’agit d’un parasite permanent qui se nourrit de débris épidermiques, de sérosités et occasionnellement de sang.

Son cycle parasitaire est rapide, puisqu’il ne dure que 17 à 21 jours. L’accouplement se déroule à la surface de la peau. Par la suite, la femelle fécondée creuse un tunnel dans les couches superficielles de l’épiderme, à raison de 2 mm par jour environ, à l’aide de son rostre et de ses pattes. Elle va y pondre 3 œufs par jour environ, et cela pendant 2 à 4 semaines. Après quelques jours, de chaque œuf sort une petite larve hexapode qui regagne la surface de la peau et creuse une poche de mue. Elle se transforme alors en une protonymphe octopode après 2 à 3 jours. Ensuite, elle mue en une tritonymphe qui donnera un adulte.

Le cycle parasitaire se déroule entièrement sur l’hôte, cependant ils peuvent également survivre dans le milieu extérieur. Les femelles et les nymphes y survivent plus longtemps que les mâles et les larves. Une température basse et une humidité importante prolongent leur survie. Ils survivent dans le milieu extérieur de 2 à 21 jours.

 

Symptômes

Après une période d’incubation d’une à deux semaines, des lésions apparaissent dans un premier temps sur le bord des pavillons auriculaires, sur les faces externes des coudes et des jarrets, ainsi que sur l’abdomen, chez le chien. En effet, les sarcoptes se localisent préférentiellement aux zones peu velues. Sur ces différentes localisations, on observe principalement des lésions papuleuses et/ou papulo-croûteuses. D’autres lésions telles qu’une alopécie, un érythème, des excoriations ou une hyperpigmentation peuvent également être notés . La gale sarcoptique canine peut exceptionnellement se manifester par une dermite pyotraumatique. Sur le bord de l’oreille, on note l’apparition d’un sable conchynien, riche en sarcoptes. Par la suite, on a une extension à la plus grande partie du corps, tout en épargnant habituellement la région dorso-lombaire. En phase terminale, l’état général se dégrade et finalement l’animal non traité peut succomber.

Le prurit est systématique et il est important à démentiel. De ce fait, l’animal se gratte ou se mordille en consultation dans la presque totalité des cas. Néanmoins, en début d’évolution, le prurit est souvent assez faible chez le chiot.

La généralisation des symptômes est souvent totale en un mois. Cependant, la gale sarcoptique peut rester localisée sur des chiens à bonne hygiène générale.

Chez le chat, Sarcoptes scabiei est à l’origine de papules et de croûtes sur l’ensemble du corps. Il peut également être à l’origine d’une déformation des griffes, d’une paronychie et d’une hyperkératose localisée à la queue. Un important prurit est généralement noté, cependant, il peut être absent.

 

Lésions papulo-croûteuses de la gale sarcoptique canine
Lésions papulo-croûteuses de la gale sarcoptique canine
Alopécie diffuse, érythème, croûtes et excoriations
Alopécie diffuse, érythème, croûtes et excoriations
Lésions du coude
Lésions du coude
Dermite pyotraumatique sur le côté de la queue
Dermite pyotraumatique sur le côté de la queue
Un traitement de la gale sarcoptique du chien doit être mis en place rapidement
La zone dorso-lombaire est longtemps épargnée

Diagnostic

Le diagnostic expérimental passe par la réalisation de nombreux raclages cutanés, jusqu'à la rosée sanguine, sur différents sites lésionnels. On préférera la zone de Henry du pavillon auriculaire et les faces externes des coudes et des jarrets. Les boutons de gale sont, bien entendu, les lésions à sélectionner. Le produit des raclages est déposé dans du lactophénol, et observé au microscope entre lame et lamelle à l’objectif 10. On recherche alors des adultes, des stades immatures, des œufs ou des excréments. Ils sont souvent difficiles à mettre en évidence, d’autant plus que le prurit est important, que la dermatose est ancienne ou que des traitements acaricides ont déjà été instaurés. Dans la moitié des cas, sur 5 à 10 raclages, seuls 1 ou 2 parasites sont observés. On considère ainsi que seuls 20 à 50 % des raclages sont positifs. De ce fait, des raclages négatifs ne permettent en aucun cas d’éliminer une suspicion de gale sarcoptique.

Traitement de la gale sarcoptique du chien

Il comporte 2 aspects.

D'une part l'animal et ses congénères doivent être traités, le plus souvent maintenant avec des traitements systémiques

D'autre part l'environnement doit être parfaitement nettoyés et traité avec un acaricide adapté, sous peine de récidive

Viennent ensuite et comme bien souvent le contrôle prurigineux et des complications infectieuses.