Signes cliniques et traitement de la teigne du chien

Le traitement de la teigne du chien doit être le plus précoce possible ...

 

Introduction

Les dermatophytoses, ou teignes en cas d’envahissement pilaire, sont des mycoses contagieuses, dues au développement et à la multiplication à la surface de la peau et dans les phanères de champignons appelés dermatophytes, qui possèdent l’équipement enzymatique approprié pour dégrader la kératine (constitutive de la couche cornée de l’épiderme et des phanères). 

Signes cliniques et traitement de la teigne du chien
Kérion chez un chien
Signes cliniques et traitement de la teigne du chien
Atteinte auriculaire squamo-crouteuse

L’épidémiologie de cette mycose est dominée par son caractère contagieux. Ceci explique que l’ensemble d’un effectif puisse être atteint et que les méthodes de lutte et de prévention ne soient pas faciles à mettre en œuvre dans un refuge ou un chenil. Cependant, ce caractère contagieux est à nuancer en fonction des espèces de dermatophytes en cause et de la réceptivité des animaux eux-mêmes.

 

Modes de transmission des dermatophytes

Ils se transmettent par contact direct cutané, soit avec des animaux malades ou porteurs, soit indirectement avec du matériel souillé ou à partir de l’environnement contaminés (locaux, véhicules, sol, etc.). Les spores de dermatophytes, généralement présentes à la surface de squames ou de petits fragments de poil, sont directement infectantes. Ces spores sont capables de survivre pendant plusieurs mois voire plusieurs années dans le milieu extérieur si la température et l’humidité sont optimales. Les animaux infectés (avec ou sans manifestation clinique) et les environnements contaminés par des spores représentent un réservoir de matériel infectant et exposent les autres animaux et les propriétaires à une contamination.

 

Les principaux dermatophytes pathogènes

Une vingtaine d’espèces de dermatophytes a été isolée à partir de la peau du chien mais seules quelques unes posent un réel problème compte-tenu de leur prévalence et/ou de leur potentiel zoonotique. En France, les dermatophytes les plus fréquemment isolés à partir de chiens sont Microsporum canis, Trichophyton mentagrophytesMicrosporum  gypseum et Microsporum  persicolor.

L’espèce M. canis a été isolée pour la première fois en 1897 à partir d’un caniche. M. canis est maintenant reconnu comme bien adapté au chat chez qui il est largement majoritaire avec la possibilité d’un portage asymptomatique. Lors de dermatophytose canine à M. canis, le contact avec un chat est souvent rapporté et il est probable que ce dernier constitue la source de contamination principale pour le chien. Le contact avec un chat ou un environnement contaminé par celui-ci n’est cependant pas indispensable et M. canis peut se transmettre de chien à chien.

L’espèce M. gypseum présente la particularité de pouvoir proliférer et survivre dans le sol (dermatophyte géophile). C’est la raison pour laquelle, les cas de dermatophytose dus à M. gypseum sont, en général, observés sur des chiens qui ont un accès à un jardin ou qui ont l’habitude de creuser des trous dans le sol. Trichophyton mentagrophytes correspond à un complexe d’espèces ou de variétés qui présentent des préférences d’hôtes (mais de réelle spécificité). La contamination du chien est possible à partir de rongeurs (cobayes, souris, chinchillas, etc.), de lapins ou de hérissons.

L’espèce M. persicolor est classiquement associée à de petits rongeurs sauvages. Ainsi, les cas de contamination par M. persicolor sont régulièrement rapportés chez des chiens de terriers et les lésions se développent souvent sur le chanfrein (zone en contact direct avec les parois des galeries de petits rongeurs dans lesquelles le chien introduit son museau).

Parfois, deux espèces de dermatophytes sont responsables de lésions chez un même animal (double dermatophytose).

 

Signes cliniques et traitement de la teigne chez le chien
Lésions très croûteuses chez un Cavalier King Charles
Signes cliniques et traitement de la teigne chez le chien
Teigne à l'origine d'une alopécie très extensive et d'une pigmentation

Signes cliniques

Les dermatophytes envahissent en général les follicules pileux et la couche cornée de l’épiderme. L’inflammation cutanée et la fragilisation des poils sont à l’origine de l’apparition de zones dépilées.

La lésion typique due à M. canis débute par une touffe de poils hérissés (en pinceau) une à quatre semaines après l’infection. Lorsque la touffe de poils tombe, elle laisse apparaître une lésion nummulaire d’évolution centrifuge lente. Les poils sont cassés au ras de la peau. Chez le chien, la peau est généralement peu modifiée, peu érythémateuse et recouverte de fines squames. Au bout de plusieurs semaines, une repousse des poils est notée au centre de la lésion qui peut ainsi disparaître spontanément. D’autres lésions apparaissent à proximité de la lésion initiale. Ces lésions peuvent se rejoindre pour donner un aspect “en carte de géographie”. Chez des animaux débilités, l’extension des lésions est telle que l’alopécie est généralisée.

Toutes les parties du corps peuvent être atteintes, mais les lésions sont souvent mises en évidence sur la face, les pavillons auriculaires et les membres.

Le prurit est généralement absent ou faible. L’état général de l’animal n’est jamais altéré.

En dehors de cette manifestation classique, il existe d'autres signes cliniques possible.

Les dermatophytoses suppurées ou kérions se traduisent ainsi par l’apparition de lésions très inflammatoires, en relief, uniques ou multiples, localisées préférentiellement sur la tête ou les membres.

Lors de l’infection par M. persicolor ou T. mentagrophytes, il est possible d’observer une forme papulo-pustuleuse et/ou croûteuse de la face ou du chanfrein. Cette forme de dermatophytose est habituellement observée sur des chiens de chasse ou des terriers en contact (direct ou indirect) avec des rongeurs sauvages. L’inflammation et le prurit peuvent être importants. Cette forme peut parfois prendre l’aspect d’une dermatite auto-immune (pemphigus foliacé notamment).

Les onyxis et péri-onyxis dermatophytiques sont rarement observés chez le chien. Ils se traduisent par une alopécie érythémateuse et croûteuse du bourrelet unguéal.

Les mycétomes (dus au développement d’un dermatophyte sous forme de grains dans le tissu sous-cutané) se traduisent par la formation d’une tuméfaction le plus souvent unique et douloureuse. Les mycétomes sont rarement décrits chez le chien alors qu’ils constituent une forme classique de l’infection par M. canis chez les chats persans.

 

Signes cliniques et traitement de la teigne chez le chien
Poil teigneux (au centre)

Le traitement de la teigne chez le chien

Le traitement de la teigne du chien, tout comme chez le chat, a été évalué dans de très nombreuses études et il est donc maintenant très codifié.

Il comprend à la fois le traitement de l'animal, mais aussi des congénères et de l'environnement. A noter qu'un traitement antifongique ne sera mise, en place que dès lors qu'un diagnostic définitif a été posé. En effet, les protocoles sont assez lourds, les traitements potentiellement coûteux, et il convient donc de ne les mettre en place que lorsque l'on a une absolue certitude. Une suspicion clinique ne constitue en rien une justification à la mise en place d'un traitement antifongique. On va ainsi préalablement réalisé tantôt un examen dit à la lampe de Wood, tantôt un trichogramme, voire une culture mycologique.

Si l'animal présente un pelage long, voire mi long, il est fortement recommandé de le tondre. Cela permettra notamment mécaniquement de retirer bon nombre de poils teigneux. Cela ne doit toutefois être réalisé que sur l'animal teigneux, et non pas ses congénères, à moins qu'ils ne soient eux-mêmes teigneux.

Puis, les traitements antifongiques topiques et systémiques sont mis en place.

Un traitement topique antifongique doit être réalisé systématiquement sur l'animal teigneux, mais aussi tous les congénères, que ce soit un chien ou un chat, en contact avec lui. À défaut de réalisation sur les autres animaux, une recontamination pourrait se produire.

Le traitement antifongique systémique  par voie orale fait appel à différentes molécules, tantôt fongistatique, tantôt fongicide. Il doit être réalisé sur tous les animaux teigneux, au minimum le chien concerné, voire ses congénères canins ou félins.

Pour terminer, il est obligatoire de traiter l'environnement avec un antifongique adapté aux dermatophytes, qui doit être appliqué au minimum une fois toutes les deux semaines.

Le suivi est primordial dans la gestion des teignes, que ce soit chez le chien ou le chat. Et il doit être ainsi réalisé au minimum une fois par mois jusqu'à avoir une guérison clinique et mycologique complète.

Les traitements antifongiques qu'ils soient topiques ou systémiques sont ainsi réalisés jusqu'à l'obtention d'une culture mycologique qui doit être négative. Si celle-ci n'est pas réalisée il y a alors malheureusement le risque de voir apparaître une récidive.

 

Bibliographie

Guillot J, Bensignor E, Chermette R. Dermatologie Canine. Dermatophytoses chez le chien. Point Vétérinaire. 2013;44

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ESCCAP. Guide de recommandations N°2. Agents de mycoses cutanées. 2ème édition. 2011 (disponible sur www.esccap.fr).